Parmi les belles histoires françaises, il y a ceux qui les écrivent, les publient et les vivent. La maison Gallimard a pour talent de conjuguer à tous les temps ces qualités, puisque l’entreprise fondée par Gaston fête son centenaire et a vu se succéder trois générations aux commandes, ce qui est déjà une histoire peu commune, jalonnée d’embûches et de revirements !

Quand je rencontre des entreprises familiales, je suis toujours frappée de constater que les transitions réussies d’une génération à l’autre sont souvent le fruit d’efforts intenses, d’une diplomatie solide, et d’une volonté farouche de privilégier l’entente sur les différends éventuels. L’harmonie des transitions inter-générationnelles de pouvoir et de patrimoine ne s’improvise pas, elle se construit pas à pas.

L’exemple de Gallimard mérite d’être médité. Antoine, aujourd’hui président de la maison d’Editions reconnaît volontiers l’héritage reçu de ses père et grand-père. Dans un récent article du Figaro, il témoigne ainsi : « de Gaston, (j’ai reçu) la recherche de l’expression juste. La réflexion et le recul. La méfiance de la réussite. (…) Quant à Claude, il m’a transmis la persévérance (…) et il a pris de gros risques. (…), nous lui devons beaucoup ».

Ces paroles témoignent de la reconnaissance d’une expérience acquise, d’une façon d’être, se traduisant par des passages de témoin réussi, mais aussi de l’importance d’une culture d’entreprise imprégnant les attitudes et les choix des dirigeants et de leurs successeurs.

A la question posée à Antoine Gallimard sur le message transmis à ses filles, propriétaires de l’entreprise à sa suite, il répond : » le respect de ce qui a été fait et créé avant elles.(…) Derrida a écrit que seul un être fini hérite et sa finitude l’oblige. Elle l’oblige à choisir, à exclure, à laisser tomber. Etre fini veut dire être prêt. On n’arrive pas comme cela ».

Préparer la transmission, former les futurs dirigeants, les accompagner dans ce chemin de la réception et du développement d’un héritage entrepreneurial s’impose. Dans certains cas, la question fondamentale du désir de reprendre n’a pas été posée aux successeurs, car il est considéré comme « évident », voire impensable d’envisager une autre option. La transmission de l’entreprise devient automatique, l’inverse étant tabou… Or une entreprise est un bien particulier, qui ne saurait être comparé à une propriété foncière, dont on peut a priori hériter sans compétences spécifiques.

Ces questions sont cruciales et passionnantes, car l’avenir des entreprises familiales y est intimement lié. Mélange subtil de compétences, d’envie, d’énergie, de fidélité et de liberté, au service d’un bien… pour en poursuivre l’histoire ! Ce sont des projets, des réflexions, que j’aime accompagner.